Frênes abattus et jeunes sans travail

0
72
Design : Bois Public Fabrication : Les ateliers d'Antoine

Si minuscule, à peine 1 cm! Et pourtant si coriace et si dévastateur! Une fois installé dans une région, indique Ressources naturelles Canada, il détruit 99 % de tous les frênes en moins de 10 ans.

L’agrile du frêne, petit insecte à l’appétit insatiable, a voyagé clandestinement d’Asie en Amérique camouflé, croit-on, dans des emballages de bois. Apparu au Michigan en 2002, l’ennemi ravageur s’est ensuite propagé en Ontario, puis au Québec.

Depuis son incursion en Amérique du Nord, on évalue à une centaine de millions le nombre d’arbres détruits par le petit monstre vert. Montréal s’est ajoutée à la liste des victimes en 2011. Depuis, son inquiétude pour la sauvegarde des 200 000 frênes publics est grande, et non sans raison, car plusieurs milliers de ses Fraxinus ont été abattus au cours des huit dernières années.

Quel spectacle désolant de voir ces arbres si élégants tomber par milliers! Mais à défaut de pouvoir contrer la malédiction, Montréal a réagi en les récupérant et en les transformant en mobilier urbain.

L’initiative a pris naissance dans Rosemont–La-Petite-Patrie, arrondissement sévèrement touché par l’agrile du frêne. Les arbres abattus sont coupés en billots et envoyés à des entreprises d’économie sociale dont la mission, entre autres, est de promouvoir l’insertion socioprofessionnelle.

Parmi elles, Bois Public, qui récupère plus de 60 % des arbres abattus à Montréal. En partenariat avec d’autres entreprises d’économie sociale, des entreprises d’insertion socioprofessionnelle, des coopératives et des entrepriseslocales,elle transformera ces billots en mobilier urbain. Ce travail d’ébénisterie est exécuté par les mains habiles de jeunes personnes qui, jusqu’ici et pour différentes raisons, vivaient en marge de la société. Décidés à reprendre le contrôle de leur vie, ces jeunes travailleurs font d’une pierre deux coups: ils apprennent l’ébénisterie, un métier qui leur permettra d’atteindre l’indépendance financière une fois leur formation terminée, et ils contribuent du même souffle à la valorisation des arbres abattus.

Quelques dizaines de jeunes adultes ont actuellement un emploi grâce à l’initiative de Bois Public. Sous la supervision de leurs formateurs et guidés par les plans de la designer de Bois Public, les apprentis ébénistes transforment les planches issues des billots de frêne en bancs, bacs à fleurs, tunnels de bois pour enfants, tables et étagères.

Bois Public a construit jusqu’ici près de 120 pièces, et la plupart d’entre elles ont pris la direction des parcs, artères commerciales, ruelles de Montréal ou espaces publics intérieurs, tels que le Centre Étienne-Desmarteau.

Sans grande surprise, l’entreprise d’économie sociale a été gratifiée de plusieurs prix et reconnaissances depuis son ouverture, en 2016.

boispublic.org

D’autres entreprises d’économie sociale

D’autres entreprises d’économie sociale se sont investies d’une mission semblable, dont Écolo-Boulot, partenaire de l’organisme d’employabilité Groupe Information Travail (GIT). Ici aussi, on récupère les arbres coupés pour en faire du mobilier urbain. «Notre projet permet à des jeunes d’obtenir une formation tout en posant des gestes en lien avec leur conscience citoyenne», lit-on sur le site d’Écolo-Boulot. Des gens âgés de 16 à 65 ans apprennent les rudiments de l’ébénisterie en fabriquant bancs, bacs à fleurs et dalles faites de tronc d’arbre. Ce programme s’adresse aux personnes qui ont du mal à s’intégrer au marché du travail, qui sont en situation d’itinérance ou à risque de l’être.

Il y a aussi Les Ateliers d’Antoine, organisme qui vise de son côté les 16 à 30 ans ayant eux aussi des difficultés à entrer sur le marché du travail.

groupeinfotravail.ca

lesateliersdantoine.com

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here